25 décembre 1989, vers 9 heures. Mon premier rancart, celui d'avec le monde. Le c½ur au bord des yeux, le sourire d'une Madone me tend les bras. Me voici à la croisée des mondes, où Pandore m'ouvre sa boîte aux milles douceurs et où Prométhée me tend sa flamme dérobée.
11 juillet 1992, vers 23 heures. « Volontaire et déterminée, Emilie est une partenaire de choix. Développant une énergie exceptionnelle, elle rayonnera au sein de votre foyer. Fidèle en amour comme en amitié, Emilie sera toujours là pour porter secours à son entourage. » Ce soir-là, le soleil se leva sur mes lendemains, et fit à jamais ses adieux à l'Ouest.
Septembre 1994. Rien n'est plus attentatoire que la main d'un enfant arrachée à celle de sa bienfaitrice. La mienne le fut ardemment ce jour-là, où mes premiers et déchirants adieux se perdirent aux quatre coins d'une cour de récréation alors difficilement perceptible, au travers de mes deux petites gobilles maquillées de rouge et d'amertume pour l'occasion.
1996. Rose et vert fluorescents. Couleurs euphoriques d'un lien avilissant. A quel étrange rituel les adultes se vouent-ils ? Elle s'appelait Marina, petite tête au carré blond, qui s'entêtait à ne pas vouloir contenir son tempérament de feu. Ses ardeurs furent malgré tout freinées par une innocente corde à sauter, dont l'usage détourné se mit au service de l'apaisement physique - et certainement moral - bien mérité de notre jeune maîtresse d'école.
1998. Depuis quelques mois, je m'étais adonnée à d'interminables ballades au c½ur des Plaines du Bas-Pays d'un certain Dominique PATTEYN, illustre inconnu à qui je dois cependant ma plus belle fierté. Et sans prétention aucune, je m'y étais baladée à merveille cet après-midi là, à l'auditorium de l'hôtel Mercure, à Arras. De toute la hauteur que mes huit ans me conféraient alors, je saluai l'assistance et remerciai le jury devant lesquels j'avais un peu plus tôt exécuté ce guilleret air de piano.
Février 2002. Pour la troisième fois, je pose les pieds hors de leurs frontières. Dans l'avion, les touristes se font rares. Les têtes blondes en général, car ici et là-bas, le noir est de rigueur. Un bidonville en guise de capitale, une générosité et une tolérance sans égal. Les habitations ne sont jamais closes, et là où toute une famille s'entasse, il y a toujours une place, surtout pour de parfaits inconnus, aussi blancs et bien portants soient-ils. Leur Produit Intérieur Brut est certes déplorable, ou pour ainsi dire inexistant, mais leur Richesse Intérieure Brute détrônerait n'importe quelle puissance mondiale. C'est une richesse qu'on ne leur reconnaît pas, car aucun indice de mesure économique ne saurait vraiment en retranscrire la valeur.
Septembre 2005. Ici, tout me semble trop grand et démesuré, gargantuesque à souhait, et pourtant, c'est bien à cela que l'on me destine. Les années lycée s'imposent à moi et éparpillent les doux souvenirs de mes années collège. Les professeurs n'ont alors plus qu'un mot à la bouche, « baccalauréat », tandis que les élèves s'occupent à autre chose. Ont-ils grandi trop vite, ou ai-je manqué le coche ?
Année 2007. Tandis que les uns attendent impatiemment l'âge des tout est permis et les autres nous chantonnent On n'a pas tous les jours vingt ans, moi je goûte au plaisir de n'en avoir que dix-sept. D'être dans l'entre-deux, en quelque sorte. A dix-huit ans, tout n'est que responsabilité et engagement futurs, et à vingt ans, il semblerait que ce soit la dernière chance que l'on ait d'abuser de la vie sans quelconque restriction. Mais moi cette année-là, j'y ai goûté sans commune mesure ...
15 novembre 2007. Soixante-ans. Il n'y eût ni bougie, ni gâteau ce jour-là. Simplement la fierté timorée d'une fille pour son père. Ce qu'il a réussi à faire de sa vie me sert d'exemple chaque fois que la vie s'impose à moi. Il ne brille que par ce qu'il est, ce qu'il a appris, ce qu'il a su imposer. Fils de métayers et aîné de trois enfants, il n'eût l'occasion de ne passer que le certificat d'études, et de récolter la fierté d'en être sorti major. La modestie ne me fera pas taire ce qui est une réalité aujourd'hui ; que mon père a gravi les échelons avec succès pour atteindre celui de Directeur Général, et ce par la seule force de son travail. Un modèle de réussite qui m'accompagne depuis toujours ...